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En Allemagne
Les
plans dopérations allemands de la Première
Guerre mondiale avaient été définis à lavance
et peaufinés grâce à de multiples séances
de kriegsspiel de niveau stratégique.
Ainsi en est-il du plan von Schlieffen employé
en 1914 sur le front Ouest : lenveloppement
des forces françaises par un large mouvement
tournant à travers la Belgique neutre. Léchec
de ce plan provient essentiellement du non
respect du déploiement des forces allemandes
observé dans les séances de kriegsspiel
dont lAllemagne sortait vainqueur :
dune part, des dispositions successives
ont en effet toutes contribué à affaiblir
laile droite allemande au profit du
reste du front ; dautre part, laxe
de marche initial prévoyait un enveloppement
de Paris par lOuest par la 1ère
armée et non une marche directe sur la capitale
française.
Nous
lavons vu, la victoire de Tannenberg
est le fruit de nombreuses séances de kriegsspiel
qui permettront aux Allemands de compenser
leur infériorité numérique sur ce front. Une
défaite à ce stade de la guerre aurait eu
pour eux des conséquences catastrophiques.
Les offensives de la dernière chance de Ludendorff,
en 1918, ont également fait lobjet dune
intense préparation grâce au kriegsspiel.
Elles seront lancée malgré les résultats défavorables
observés lors de chaque partie. La réalité
confirmera la simulation.
La
défaite de 1918 ne remet pas en cause lutilisation
du kriegsspiel en Allemagne. Au contraire,
les clauses restrictives du traité de Versailles
incitent lEtat-Major allemand à intensifier
son action dans ce domaine avec le développement
de laspect politico-diplomatique. Un
jeune officier qui allait devenir un des plus
brillants maréchaux allemands de la Seconde
Guerre mondiale, von Manstein, suggère en
1929 un scénario dans lequel la Pologne attaque
lAllemagne ; des représentants
du ministère des Affaires Etrangères sont
invités à jouer le rôle de la Société des
Nations et des dirigeants politiques allemands
et polonais.
Dès
le début des années trente, sous limpulsion
du maréchal von Blomberg, le kriegsspiel
sert à tester les conditions de linteropérabilité
entre les armes (Luftwaffe, Wehrmacht,
Kriegsmarine). En 1936, le général
Beck et son équipe préparent le nouveau manuel
dopération de larmée allemande
et font tester leurs postulats de base par
des officiers à laide du kriegsspiel.
Cependant, le général Beck reste lucide et
constate que les connaissances acquises par
ce moyen ne valent pas lexpérience du
feu.
En
1938, le même général, devenu chef dEtat-Major
de larmée, mène une séance de kriegsspiel
sur le thème de linvasion de la Tchécoslovaquie
par lAllemagne. Les résultats catastrophiques
lincite à demander labandon de
lopération à Hitler, ce qui lui coûte
sa place. Deux wargames commerciaux
sur ce sujet sont parus et montrent la précarité
de la situation allemande en cas dintervention
franco-britannique(1).
Le
capitaine Karl Doenitz, commandant des forces
sous-marines, développe son concept de " meutes "
de sous-marins pour attaquer les convois anglais
à laide du kriegsspiel, lors
de lhiver 1938/1939. Les nécessités
de disposer de 300 unités et le besoin de
moyens de communication performants sont mis
en exergue(2).
Les
offensives de 1940 et de 1941 font également
lobjet dune préparation intensive
jusquau niveau des chefs de compagnie.
Elles se dérouleront si bien dans leur stade
initial que le haut-commandement naura
pas à intervenir, chacun connaissant son rôle.
Il
semble bien que la pratique du kriegsspiel
ne se ralentit guère pendant toute la durée
du conflit. Laide à la planification
des offensives ou la prévision des opérations
ennemies sont les deux axes de travail les
plus souvent retenus. Parfois la réalité rejoint
la simulation. Ainsi, le 2 novembre 1944,
le groupement darmées dirigé par le
maréchal Model travaille sur une séance dont
le thème est une attaque américaine à la jointure
des VIIe Armée et Ve
Panzer Armée lorsque celle-ci se déclenche
réellement ; sur ordre de leur chef tous
les officiers présents, hormis les commandants
directement concernés par lattaque,
poursuivent la séance enrichie par les rapports
en provenance du front. La 116e
panzerdivision est alors engagée dans un délai
record car son commandant participe à cette
séance où lintervention de son unité
vient juste dêtre envisagée et simulée.
(1)Case
Green, " Strategy &
Tactics n° 152, 1992, John Desch, et Czech38,
Command Magazine n° 24, XTR,
1993, Peter H. Gryner.
(2)Peter
P. Perla, The Art of Wargaming, a Guide
for Professionals and Hobbyists, Naval
Institute Press, Annapolis, 1990, pp. 42/43.
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