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En Grande-Bretagne
La
Grande-Bretagne fut le premier pays à sintéresser
de près au kriegsspiel mais malgré
des instructions officielles sa pratique ne
simplanta guère, hormis dans quelques
cercles de joueurs.
Il
semble pourtant que le premier wargame
naval soit luvre dun Ecossais,
John Clerk, qui navait jamais été en
mer. Il utilisait des modèles réduits de bateaux
en bois pour recréer les grandes batailles
de lhistoire. Pour compenser son manque
dexpérience, il étudiait leffet
du vent sur les manuvres, la puissance
de feu des navires et leur capacité à supporter
des dégâts. En 1779, quelques officiers de
la marine marchande ou de la marine de guerre
prennent connaissance de ses travaux et lui
conseillent den publier une version
plus complète, ce qui fut fait en 1782. LAmiral
Sir George Rodney accorde à Clerk le mérite
de sa victoire sur de Grasse dans la mer des
Caraïbes le 12 avril 1782 (bataille des Saintes) ;
en effet, il mit en pratique sa théorie sur
la rupture de la ligne de bataille ennemie.
Nelson lui-même, usa dune version de
celle-ci à la bataille de Cap Saint-Vincent
en 1797 et de Trafalgar en 1805. Mais il ne
sagit pas là dun véritable wargame
et son évocation sert surtout à montrer lintérêt
suscité auprès des autorités militaires par
un système de ce type. On peut cependant se
demander pourquoi il ne connut aucun développement.
La réponse tient probablement dans lécrasante
supériorité navale britannique.
En
1872, le capitaine Baring de lartillerie
royale traduit les règles du kriegsspiel
de von Tschischwitz. Le commandant en chef
de larmée britannique introduit officiellement
la pratique du wargame par une circulaire
doctobre 1883. En 1895, un système de
règles officiel est publié sous le titre Rules
for the Conduct of the War Game on a Map
(" règles pour la conduite dun
jeu de guerre sur une carte "),
mais il nest guère utilisé. En 1878,
le capitaine Philip H. Colomb de la Royal
Navy développe un wargame appelé
" Le duel " où deux navires
sopposent en combat singulier. Il suscite
un certain intérêt en France et en Italie.
En
1905, la menace allemande se précise et le
grand Etat-Major anglais décide la mise en
place dune séance de wargame.
Le thème est la violation de la neutralité
de la Belgique par lAllemagne, après
deux mois de combats infructueux contre la
France sur leur frontière commune. Le colonel
C. E. Callwell qui joue alors le commandant
en chef britannique sera le directeur des
opérations en 1914(1).
Cette séance apporte deux enseignements majeurs :
une meilleure prise en compte des difficultés
inhérentes au déploiement du corps expéditionnaire
britannique sur le continent dans les délais
voulus et la nécessité dune mobilisation
française de grande envergure. La signature
de lEntente, lannée suivante,
conduira le commandement anglais à inciter
son homologue français à agir de la sorte.
Incidemment, limpact du niveau de mobilisation
sur le développement des séances de wargame
ou de kriegsspiel va pousser les divers
protagonistes de la Grande Guerre à prendre
les devants, réduisant dautant plus
le champ dun éventuel règlement diplomatique
des tensions.
Le
britannique le plus célèbre à sintéresser
au wargame fut paradoxalement un pacifiste,
Herbert George Wells, lécrivain de science
fiction. Egalement historien, il publia Little
Wars(2).
Ce système utilise des soldats de plomb. Linfanterie,
la cavalerie et lartillerie sont dotées
de capacités spéciales pour leur déplacement
et le combat (tir ou au contact). Pour résoudre
les tirs, des canons à ressort lancent des
projectiles en bois. Pour le combat rapproché,
le rapport de force et la situation tactique
(terrain, équipement, encerclement, attaque
de flanc,...) dictent les pertes de part et
dautres. Ce jeu connut une audience
certaine, en raison de la notoriété de son
auteur mais aussi de son aspect ludique. Ainsi
pendant longtemps, le hobby du jeu décerna
chaque année un H. G. Wells Awards en
récompense pour ceux qui avaient innové
en matière de jeu avec figurines. Le particularisme
de la Grande-Bretagne dans ce domaine trouve
ainsi sa source dans Little Wars.
(1)Le
chef de la section étrangère des services
de renseignement joue le camp allemand, ce
qui est logique car il est celui qui connaît
le mieux la question. Nous reviendrons sur
ces relations entre le wargame et le renseignement.
(2)H.
G. Wells, Little Wars, 1913, 2e
édition 1977, Da Capo Press, New York.
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