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LE KRIEGSSPIEL TROUVE SA PLACE DANS L'ORGANISATION MILITAIRE ALLEMANDE
par le docteur Jean-Philippe LIARDET, PhD

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Du Koenigspiel aux "échecs de guerre"

 

La première de ces variantes à avoir obtenu une certaine audience est connue sous le nom de " koenigspiel " ou " jeu du roi ". Inventé par Christopher Weikhmann en 1664 dans la ville allemande de Ulm, ce jeu est basé sur le jeu d’échecs. L’échiquier est plus grand et chaque camp dispose de trente pièces représentatives de l’époque, aux capacités de mouvement différentes : roi, maréchal, colonel, capitaine, lieutenants, hérauts, courriers, chevaliers, gardes-du-corps hallebardiers, adjudants, soldats. Malgré les déclarations de son créateur le koenigspiel, comme d’autres créations similaires, n’était qu’une version plus complexe du jeu d’échecs mise " au goût du jour ". Peter Perla considère, probablement avec raison, que ce type de jeu n’était pour les professionnels de la guerre qu’un simple moyen d’apprendre les bases de la stratégie.

C’est donc vers un accroissement du réalisme de ces jeux que se porta l’effort des concepteurs suivants. En 1780, un autre Allemand, le maître des pages du duc de Brunswick, C. L. Helwig, emploie dans son jeu trois concepts fondamentaux pour le développement futur du " jeu de guerre " : il formalise celui d’agrégation avec une simple pièce représentant un nombre déterminé de combattants ou d’unités ; il introduit l’emploi d’un échiquier multicolore de 1 666 cases (rouge pour les montagnes, bleu pour les lacs et les rivières, vert clair pour les marécages, vert foncé pour les bois, à demi rouge pour les bâtiments, le noir et le blanc pour le terrain dégagé), permettant ainsi la représentation de différents types de terrain ; enfin, il utilise un arbitre pour superviser les parties et trancher les différends entre joueurs.

Son but était de divertir et de former aux questions militaires de base les jeunes gens sous sa responsabilité. Chaque camp déploie 120 pièces (infanterie, cavalerie lourde et légère, artillerie, pontonniers). Les joueurs disposent également de 200 pièces pour simuler les fortifications et les retranchements, chaque joueurs doit s’emparer de ceux de son adversaire pour vaincre. L’infanterie se déplace en droite ligne et la cavalerie comme le cavalier du jeu d’échecs.

Ce jeu connut un succès certain en Allemagne, en France , en Autriche et en Italie, notamment dans la petite noblesse où il servit de moyen pour apporter une formation militaire de base aux jeunes gens et pour les inciter à embrasser le métier des armes. Il fut de nombreuses fois copié ou modifié, ces jeux constituant une classe appelée les " échecs militaires " ou les " échecs de guerre ". Leur nature rigide et formelle peut aujourd’hui sembler désuète mais elle correspond bien à la philosophie militaire de l’époque.

En 1797, Georg Venturini met au point une nouvelle évolution des " échecs de guerre " : Règles pour un nouveau jeu de guerre à l’usage des Ecoles militaires. Son échiquier comporte 3 600 cases (d’un mile carré), elles aussi codées pour figurer le terrain. Un terrain qui n’est plus simplement abstrait mais représente un territoire réel, la frontière entre la Belgique et la France, théâtre de maints affrontements. Les pièces incluent en plus les trains logistiques, les dépôts de ravitaillement et les batteries d’artillerie. Elles sont aussi plus nombreuses : 1 800 brigades d’infanterie et de cavalerie, 800 batteries d’artillerie. Le but déclaré de Venturini est de prendre en compte de manière réaliste les contraintes engendrées par la logistique. Les règles à ce sujet sont complexes, tout comme celles concernant le combat et le déplacement des unités. Venturini cherche en effet à restituer la combinaison des armes au combat et à s’affranchir par ailleurs des limites liées à l’utilisation d’une grille d’échiquier. Il semble que le goût de l’auteur pour les mathématiques l’ait conduit à utiliser un système trop complexe pour l’époque (une soixantaine de pages de règles). Néanmoins, son jeu paraît avoir eu un certain succès, malgré de nombreux détracteurs appréciant peu la part laissée au hasard.


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