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L'auteur
: Laurent Quisefit est ancien élève
des Langues Orientales, diplômé de coréen
et de mongol, et titulaire d'un DEA d'Etudes de l'Extrême-Orient
(Paris
VII). Il prépare une thèse sur l'histoire
de la Corée et collabore avec différents
magazines et organismes.
Probablement
né vers le milieu du XIe - certains proposent 1048
- siècle à Qum, citadelle du chiisme duodécimain,
Hassan I-Sabbâh était issu d'une famille
iranienne de la ville de Ray, de nos jours près
de Téhéran. C'est là qu'il commença
son éducation religieuse. Or Ray était depuis
le IXe siècle un foyer vivant de l'activité
des missionnaires, da'i* ismaéliens. Bien
que ceux-ci soient officiellement proscrits, ils n'en
exerçaient pas moins une influence. Hassan I-Sabbâh
voyagea pour parfaire son éducation : il se rendit
d'abord à Ispahan, puis en Egypte. Il subit d'abord
des échecs cuisants, mais réussit par ce
revers même à définir sa stratégie
et sa doctrine. En Egypte, il séjourna au Caire,
puis à Alexandrie, profitant du rayonnement culturel
de l'empire fatimide, qui attirait alors des étudiants
et des érudits Grecs et Indiens. Il étudia
l'ancien et le nouveau Testament, approfondit le Coran,
et découvrit dit-on les Textes védiques*,
et le Zend Avesta * . Il apprit surtout l'astronomie,
les mathématiques, la géométrie.
Sa curiosité, sans cesse en éveil, ne tarda
pas à remarquer l'efficacité du réseau
de " missionnaires ", da'i renseignant
le gouvernement du Calife fatimide, une organisation discrète,
efficiente, redoutable, qui soutenait les décisions
du Calife tout en propageant la foi ismaélienne.
Hassan I-Sabbâh devait s'inspirer de ce système
lorsqu'il organisa sa " secte ". Hassan I-Sabbâh
demeura en Egypte trois ans. Il prit dit-on parti pour
Nizâr, le fils aîné du calife fatimide
al-Mustansir, ce qui l'amena à entrer en conflit
avec le chef des armées fatimides, Badr al-Jamâlî.
Il fut incarcéré, puis déporté.
Mais le navire franc qui devait l'amener en Afrique du
Nord sombra opportunément. Il alla en Syrie, puis
à Bagdad et atteignit Ispahan en 1081.
A partir de cette date, il parcourut
toute la Perse, en prêchant neuf ans durant. Il
alla au sud, au centre, sans se fixer. Au cours de ses
pérégrinations, son attention se fixa sur
le nord de la Perse, les régions montagneuses bordant
le sud de la Mer Caspienne, c'est-à-dire les régions
du Daïlam et du Mazandaran, (cf. cartes), qui recelaient
des pitons fabuleux et des vallées cachées,
habitées par des montagnards mystiques et farouches.
Hassan cherchait un quartier général sûr,
hors de portée des atteintes des Seldjoukides.
Il découvrit le site idéal, sous la forme
de la forteresse d'Alamût, édifiée
à plus de 1 800 m d'altitude, sur un piton reculé
du massif de l'Elbourz . Ce château gouvernait une
large vallée - 54 km de long sur 5,4 km de large
- fertile et close. On accédait à ce site
naturel exceptionnel par une gorge étroite, tandis
qu'un sinueux chemin de chèvres menait à
la forteresse proprement dite. Ce fut la révélation.
Hassan I-Sabbâh commença méthodiquement
sa manœuvre : il possédait suffisamment de charisme
et avait bâti des réseaux importants.
Il commença à installer
des propagandistes et des missionnaires dans les villages
de la vallée. Il avançait ses pions depuis
Qazvin, ville de la plaine, au pied de la chaîne
de montagnes un da'i, ou missionnaire, parvint à
entrer dans la forteresse proprement dite. Peu à
peu, les conversions s'enchaînèrent, puis
lorsque les partisans furent suffisamment nombreux, le
gouverneur fut mit devant le fait accompli ; il accepta
de livre la place, puis se rétracta, la situation
demeura confuse, jusqu'à ce que le mercredi 4 septembre
1090, Hassan I-Sabbâh s'introduise secrètement
dans la forteresse. Le gouverneur capitula alors, conscient
qu'il avait été manipulé, de main
de maître. On raconte que Hassan I-Sabbâh
lui accorda un viatique de 3 000 dinars-or comme prix
de son château. Ainsi, la forteresse inexpugnable
était tombée pacifiquement.
Hassan I-Sabbâh s'ingénia
à renouveler la chose dans d'autres régions,
étendant ainsi son domaine et sa puissance. Il
lança ses da'i à l'assaut tranquille des
régions montagneuses ou reculées du pays,
comme le Kuhistan ou du Rudbar, régions qui abritaient
des dissidents religieux, le plus souvent chiites. C'est
ainsi que les missionnaires ismaéliens parvinrent
à s'emparer de villes parfois importantes, comme
Zûzan, Qâ'in, Tabas, Tûn, etc. , constituant
progressivement un véritable Etat. Lorsque la persuasion
et la manière douce échouaient, les partisans
du maître d'Alamût recouraient aux procédés
habituels du temps, c'est-à-dire le rapt et le
pillage, le massacre et le chantage.
Du jour où il s'installa
à Alamût, l'infatigable voyageur qu'avait
été Hassan I-Sabbâh se mua en un lettré
vivant dans ses livres, reclus du monde extérieur,
qui planifiait sa stratégie, donnait ses ordres
et surtout élaborait sa doctrine, en rédigeant
le dogme ismaélien réformé. Du jour
de son arrivée dans le nid d'aigle d'Alamût
à ce lui de sa mort, Hassan I-Sabbâh ne sortit
en trent-cinq ans, que deux fois de sa maison, pour monter
sur le toit de sa demeure. " Le reste du temps
", affirme le chroniqueur Rachid ed-Dîn, "
il le passa dans sa demeure, s'occupant à lire,
à coucher sur le papier les paroles de la mission,
à administrer les affaires de son royaume, et menant
une vie ascétique, sobre et pieuse ".
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