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LA CESSION DE LA LEGION ETRANGERE A L'ESPAGNE
par le docteur Jean-Philippe Liardet, PhD

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Les derniers combats (suite )

Désormais les jours de la Légion étrangère comme force combattante sont comptés. Au mois de mai 1837, une armée espagnole conduite par le général Iribarren tente d'intercepter une attaque carliste en direction de la Catalogne. Le 24 vers dix-sept heures, les deux armées entrent en contact devant la ville de Huesca où les Carlistes décident de prendre leur cantonnement. Iribarren décide alors de passer à l'attaque et lance la Légion étrangère dans un assaut voué à l'échec. Après un succès initial, la Légion se trouve menacée d'encerclement car le reste de l'armée n'a pas suivi. Iribarren renforce Conrad avec un bataillon, puis est tué à la tête de sa cavalerie en essayant de dégager l'aile gauche de la Légion assaillie par les Carlistes. Conrad réussit alors l'exploit de conduire une retraite en bon ordre mais la Légion étrangère sort exsangue de la bataille. Près de 400 légionnaires sont hors de combat et un millier d'autres voient l'expiration de leur contrat.

Le général Marcelino Oraa qui prend le commandement de l'armée décide lui aussi de passer à l'offensive. Le 2 juin, ses troupes montent à l'assaut de la petite bourgade de Barbastro mais la contre-attaque ennemie disperse son aile droite. La Légion étrangère placée en réserve se retrouve brusquement face à son homologue carliste, composée de 800 anciens légionnaires. Les camarades des deux camps se reconnaissent et s'interpellent parfois amicalement. Puis un combat féroce s'engage où les deux unités sont pratiquement anéantis. Conrad est cependant tué d'une balle en plein front en essayant de rallier l'aile gauche espagnole en déroute. Le capitaine Bazaine réussit à soustraire son corps à l'ennemi alors que la Légion, saignée à blanc, est entraînée dans la débâcle espagnole.

Le témoignage du baron Wilhelm von Radhen, officier allemand servant chez les Carlistes, sur le combat opposant les deux Légions étrangères lors de la bataille de Barbastro (2 juin 1837) montre le professionnalisme et l'ardeur au combat des légionnaires et des anciens légionnaires :

"je n'ai jamais eu, au cours de ma carrière militaire pourtant mouvementée - ni avant, ni après -, le spectacle d'une mêlée aussi sanglante que celle à laquelle j'assistai. les soldats se reconnaissaient dans le combat ; ils s'appelaient de leurs noms et surnoms, en français ou en allemand, s'approchaient les uns des autres en amis, se parlaient, se questionnaient, et se tuaient ensuite froidement à coups de fusil."

La fin

Les débris de la Légion étrangère vont encore combattre plusieurs mois avant d'être rapatriés en janvier 1839. Il ne reste alors plus que 63 sous-officiers et 159 légionnaires. Forte de 37 hommes, la batterie d'artillerie est dissoute le 1er avril 1839, après une participation efficace aux derniers combats. Don Carlos se livre à la police française en septembre après avoir traversé la frontière avec 20 000 partisans. 6 000 autres combattent jusqu'en mai 1840 avant de faire de même.

Le rôle de la Légion étrangère dans cette campagne

Même si la cause carliste semble perdue dès le milieu de l'année 1835, il est incontestable que la Légion étrangère joue un rôle décisif dans cette campagne. Elle forme l'épine dorsale des troupes d'Isabelle II, au contraire d'une Légion britannique inefficace car en grande partie constituée par les bas-fonds de Londres. Elle empêche ainsi le conflit de perdurer et ôte aux Carlistes tout espoir d'inverser le cours des événements.
Le rôle du colonel Bernelle est tout aussi déterminant pour l'avenir de la Légion étrangère. Il la transforme en un corps autonome et démontre son aptitude au combat malgré le manque de soutien du gouvernement français comme du gouvernement espagnol.


Le général Bernelle

En avril 1833, il prend le commandement de la Légion étrangère. Souvent décrié pour son intransigeance et les interventions répétés de sa femme dans la gestion du corps lors de la campagne d'Espagne, il donnera néanmoins toute sa cohésion à la Légion avec le principe de l'amalgame et sera un chef exemplaire au combat. Sur le plan tactique, il fera de son corps un instrument redoutable avec l'ajout de cavalerie, d'artillerie et d'éléments du génie. Il démontre ainsi dès cette époque que le légionnaire n'est pas seulement un fantassin lourd.

Le colonel Conrad

Très aimé de ses hommes qui le suivent au combat sans hésitation et le surnomme familièrement " Der alte Fritz " (le vieux Fritz). On l'appelle aussi " Le brave au cheval blanc " car il se trouve toujours au plus fort de la bataille. Il mourra ainsi d'une balle en plein front, le 2 juin 1837, lors de la bataille de Barbastro.


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