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Un
lente agonie
La Légion étrangère sans soutien
Son
intransigeance et l'intervention constante
de sa femme dans la gestion du corps se traduisent
par une opposition grandissante parmi les
officiers. A la morgue de Bernelle s'oppose
le caractère jovial et sans manières de son
second, le colonel Joseph Conrad. Celui-ci
démissionne en février, faute de pouvoir décider
lui-même des promotions dans son régiment.
De
plus en plus contesté, Bernelle va démissionner
à son tour au mois d'août 1836, après une
lettre de doléances envoyée au ministre de
la Guerre français le 14 juillet et restée
sans effet. Même s'il est probable que Bernelle
devance sa relève, sa colère apparaît amplement
justifiée. En effet, malgré les résultats
obtenus sur le terrain, la situation de la
Légion étrangère se dégrade irrémédiablement.
Le gouvernement espagnol n'apporte qu'un soutien
spasmodique. Les arriérés de soldes s'accumulent
et, plus grave encore, les légionnaires reçoivent
un ravitaillement largement insuffisant. Leurs
uniformes tombent en lambeaux. Le gouvernement
français revient sur sa promesse de promotions
ou de décorations en campagne. Dans le même
temps, les officiers démissionnaires avant
le départ pour l'Espagne, ou depuis, sont
réintégrés dans des régiments réguliers, ce
qui amplifient le mouvement et provoque la
colère de la troupe.
Mais,
plus probablement encore, Bernelle accepte
mal l'indifférence du gouvernement français
devant les tortures et les exécutions systématiquement
infligées aux légionnaires prisonniers.
Avec
le départ de Bernelle, la Légion étrangère
perd un peu de son âme, d'autant plus qu'une
douzaine d'officiers suivent son exemple.
Mais l'évolution de la situation politique
va affaiblir plus encore la position de la
Légion étrangère. Le tournant libéral pris
par le gouvernement d'Isabelle II déplaît
à Louis-Philippe qui opte pour un désengagement
d'autant plus définitif que la menace Carliste
semble définitivement écartée. Thiers, le
président du Conseil qui rassemblait un corps
de secours à Pau est remplacé par le comte
Molé, hostile à l'intervention française.
La Légion étrangère va désormais être abandonnée
à son sort, hormis l'appoint d'un bataillon
de renfort, le dernier à rejoindre l'Espagne,
au mois d'août. Le reste du corps de secours
va rejoindre l'Algérie pour former une nouvelle
Légion étrangère.
Le
colonel Lebeau assure un court intérim de
trois mois avant de céder la place au colonel
Conrad qui retrouve ses hommes dans de tristes
circonstances. Au début de mois de février
1837, il ne reste plus que 239 officiers et
3 841 légionnaires. Trois des six bataillons
encore disponibles à la fin de 1836 doivent
être dissous, il n'en reste plus qu'un en
juin. Des pertes toujours élevés et l'accroissement
du nombre des libérables rendent ce mouvement
inexorable en l'absence de renforts.
Les derniers combats
Malgré cette hémorragie
des effectifs et les conditions de vie déplorables
de ceux qui restent, la Légion étrangère reste
encore capable de porter des coups terribles
à l'ennemi.
Le 2 mars 1837, au cours
d'une opération avec d'autres unités espagnoles,
Conrad reçoit l'ordre d'occuper le village
de Larrainzar. Le lendemain, il doit assurer
avec ses trois bataillons la couverture de
la colonne. Forte au total de 12 000 hommes
elle retourne vers Pampelune, plus au sud.
Le bataillon laissé sur les hauteurs de la
ville est brusquement pris à partie et doit
abandonner ses positions. La compagnie du
capitaine Hebich est alors isolée. L'ensemble
des bataillons réunis accourt à la rescousse
pour la dégager tandis qu'elle résiste avec
succès, galvanisée par l'exemple de son chef.
Emportés par leur impétuosité, les légionnaires
poursuivent les Carlistes dans les fourrés
environnants où subissent de lourdes pertes
(19 tués et 59 blessés en tout).
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