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Quel
bilan retenir de ce conflit ? (suite)
Une
percée diplomatique pour les Américains
Sur
le plan international, la guerre, qui a engendré
un choc pétrolier lourd de conséquences, met
à l'épreuve la nouvelle logique de détente
instaurée progressivement entre les deux blocs
et suscite une brèche dans les relations américano-européennes.
Les
deux grandes puissances nont pas souhaité
le déclenchement des hostilités. Une situation
de statu quo répondait bien davantage
à leurs intérêts réciproques. Elles nont
rien fait cependant pour en empêcher le déclenchement.
Pris au piège de leur propre politique clientéliste
et ne pouvant se permettre de voir l'autre
camp l'emporter, Américains et Soviétiques
se sont laissés entraîner dans une crise qu'ils
se sont efforcés de gérer au mieux de leurs
intérêts, acceptant de réapprovisionner leurs
protégés. En manoeuvrant habilement,
la Maison Blanche, pourtant en pleine crise
du Watergate, prend l'ascendant sur le Kremlin,
réalisant une percée diplomatique lui permettant
de rétablir ses relations avec l'Egypte, tout
en éloignant ce pays un peu plus de la sphère
soviétique. Lors des difficiles négociations
qui suivent la fin de la guerre, les Etats-Unis
démontrent que seule leur méthode des petits
pas, chère à Henry Kissinger, semble susceptible
daboutir à des résultats tangibles.
Cette
crise met néanmoins en exergue des dissensions
au sein de l'Alliance atlantique. Les Européens
ont refusé d'accueillir sur leurs bases les
aéronefs américains à destination d'Israël,
tandis que les Turcs ont laissé transiter
au dessus de leur espace aérien les aéronefs
soviétiques à destination de la Syrie et de
l'Irak. L'Europe occidentale, à l'exception
de la France et du Royaume-Uni, est pour sa
part restée très en retrait, obnubilée par
le souci de garantir ses sources d'approvisionnement
énergétique dépendant très largement du pétrole
arabe. Par une diplomatie active, Français
et Britanniques tentent quant à eux de renforcer
leur position au Proche-Orient, sans pour
autant participer à une croisade ayant pour
finalité de promouvoir les seuls intérêts
américains. La France essaye ainsi de susciter
un dialogue direct entre Arabes et Européens,
faisant valoir la complémentarité de leurs
économies, mais cette tentative, qui heurte
de front les intérêts américains, nest
pas suivie par ses partenaires.
Un
conflit riche en enseignements militaires
La
guerre du Kippour apparaît en définitive comme
un conflit plus équilibré et plus disputé
que l'image qui en a souvent été présentée.
Le rapport des forces en présence s'est avéré
moins déséquilibré que ce que les autorités
arabes et israéliennes ont longtemps laissé
entendre. Limpact réel de laide
matérielle fournie par les deux grandes puissances
à leurs alliés respectifs ne fut pas aussi
décisif que ce que les Américains et les Soviétiques
ont longtemps prétendu.
Cette
guerre constitue le premier conflit mécanisé
de haute intensité depuis la fin de la seconde
guerre mondiale. Elle a démontré l'importance
du renseignement pour contrer l'effet de surprise.
Elle a permis de valider, de nuancer ou de
rejeter certains concepts opérationnels. Elle
a servi de banc d'essai à de nombreuses armes
récentes, qui n'avaient pas eu l'occasion
de subir l'épreuve réelle du feu. Elle a démontré
une nouvelle fois que la qualité lemportait
sur la quantité et que le facteur humain jouait
toujours un rôle essentiel dans la conduite
de la bataille.
La
haute technologie a eu un impact considérable
sur le déroulement des combats. La notion
de C3I sest imposée comme une donnée
fondammentale du combat moderne. Lefficacité
des missiles, bien que réelle, a cependant
été exagérée. Le char et l'avion ont démontré
quils restaient les vecteurs essentiels
du combat mécanisé, à condition de sintégrer
dans un environnement interarmes leur assurant
soutien et protection. Si l'aviation a joué
un rôle important pendant le conflit, celui-ci
n'a pas été aussi décisif qu'en juin 1967.
A l'inverse de la guerre des six jours, ce
sont en effet les chars qui ont cette fois-ci
ouvert la voie aux avions. La puissance
et lefficacité de larme aérienne
ont donc été surestimées, comme peu de temps
auparavant lors de la guerre du Vietnam, puis
dix-huit ans plus tard lors de la guerre du
Golfe. Une fois de plus, les évènements ont
démontré que la guerre se perdait ou se gagnait
au sol. De manière plus globale, la nécessité
dune approche interarmée, voire interalliée,
sest imposée comme lun des enjeux
majeurs pour la conduite efficace dun
conflit denvergure.
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