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Quel
bilan retenir de ce conflit ?
Une
victoire militaire pour les Israéliens
Sur
le plan militaire, l'armée israélienne a remporté
une victoire indéniable. L'armée syrienne,
renforcée d'importants contingents arabes
alliés, a dû céder du terrain et sest
retrouvée sur la défensive autour de la poche
de Sassa. La survie de la 3ème armée égyptienne
encerclée ne dépend plus à court terme que
du bon vouloir des Israéliens. Les pilotes
arabes nont pas été en mesure de contester
la supériorité de laviation israélienne ;
277 appareils arabes ont en effet été abattus
au cours de duels aériens. La marine israélienne
sest imposée en Méditerranée, coulant
ou capturant dix navires égyptiens et syriens,
validant du même coup l'emploi du missile
antinavire dans les combats navals modernes.
Cette
victoire militaire nest cependant pas
décisive. Larmée israélienne a essuyé
de graves revers durant les trois premiers
jours du conflit. Elle nest pas parvenue
à refouler les têtes de pont égyptiennes établies
dans le Sinaï. Ses faibles performances
durant les premiers jours de la guerre résultent
en fait de la combinaison de plusieurs éléments.
Contrairement aux guerres précédentes, le
facteur surprise a cette fois-ci pleinement
joué contre les Israéliens. Le plan de déception
mis au point par les Arabes a correctement
fonctionné, aveuglant les responsables israéliens
des services de renseignement. Ces derniers,
bien que possédant tous les éléments d'information
leur permettant de conclure à l'imminence
d'une attaque arabe, ont cependant commis
une erreur dinterprétation, qui a été
amplifiée par des dysfonctionnements internes.
Leur problème ne fut pas dobtenir le
renseignement, mais de lexploiter correctement.
Cet
échec sexplique également par la conjonction,
entre la guerre des six jours et celle du
Kippour, d'un double processus de dégradation
dans l'armée israélienne et de redressement
au sein des armées arabes qui a réduit l'écart
qualitatif entre les armées belligérantes.
Corrélativement, le succès initial des Arabes
sexplique par la rigueur exemplaire
de leur processus de planification. La mise
au point de la traversée du canal de Suez
par l'état-major égyptien restera à cet égard
un modèle du genre.
Sur
le plan opérationnel, léchec initial
des Israéliens résulte du non respect de certains
principes essentiels de lart de la guerre
: liberté daction, unité de commandement,
économie des forces et concentration des moyens.
Sur le plan tactique, cet échec sexplique
enfin par une utilisation peu rationnelle
des blindés et des avions. Les chars ont été
engagés dans des charges folles, sans le moindre
soutien d'infanterie ou d'artillerie, ignorant
ainsi les principes élémentaires du combat
interarmes. Laviation a été engagée
dans des missions d'attaque au sol, avant
même d'avoir circonscrit la menace principale
émanant d'une défense antiaérienne arabe extrêmement
dense et efficace. Les Israéliens ont cependant
sû tirer les leçons de leurs erreurs, reprenant
progressivement le dessus après avoir rétabli
un concept de combat cohérent. Les dirigeants
arabes, de leur côté, nont pas su ou
pas voulu exploiter leurs succès des premiers
jours, menant leurs opérations suivant une
logique politique et non pas militaire.
Un
succès symbolique pour les Arabes
Sur
le plan strictement politique, les Arabes
peuvent se targuer d'un réel succès symbolique.
En démontrant l'efficacité de l'arme
du pétrole et en exacerbant la confrontation
des deux grandes puissances, ces derniers
sont en effet parvenus à conférer à cette
crise une résonance mondiale, insufflant une
nouvelle dynamique au conflit israélo-arabe.
La guerre doctobre a mis en évidence
un renouveau du sentiment de solidarité arabe
qui semblait passé de mode depuis la mort
de Nasser. Pour la première fois depuis vingt-cinq
ans, une coalition de circonstance englobant
des forces appartenant à douze pays arabes
sest trouvée réunie face à Israël. Le sentiment
général qui prévaut dans le monde arabe est
donc celui d'une grande victoire. Peu importe
que les troupes israéliennes aient pris pied
en terre africaine et qu'elles encerclent
une armée entière. Les armées arabes sont
à nouveau présentes dans le Sinaï et elles
nont pas été écrasées. Ce sont là les
deux points essentiels. Les difficiles négociations
qui suivent la fin des hostilités mettent
néanmoins en exergue les divergences d'intérêts
notables subsistant au sein dun monde
arabo-musulman divisé, notamment après que
l'Egypte ait accepté dentamer des négociations
directes avec Israël.
En
Israël, cette guerre a constitué un véritable
électrochoc. De nombreux mythes de la société
israélienne se sont effondrés : invincibilité
de larmée, infaillibilité des services
de renseignement. La population israélienne
na jamais connu jusqualors de
crise morale aussi grave. Il faudra attendre
le miasme du conflit libanais, lIntifada
puis l'assassinat du Premier ministre Ytzhak
Rabin, pour assister à une remise en cause
d'une telle importance. Limage de marque
dIsraël sest en outre dégradée
à travers le monde, renforçant un peu plus
l'isolement diplomatique de l'Etat hébreu.
Ses relations privilégiées avec lallié
américain ont connu de réels soubresauts.
Paradoxalement, les élections générales de
décembre 1973 ne reflètent pas ces bouleversements,
l'équipe de Golda Meir étant reconduite aux
affaires. Dans les mois qui suivent la fin
des hostilités, la commission denquête
Agranat sempresse de jeter en pâture
au pays les noms de quelques responsables
militaires, préservant soigneusement les élites
politiques.
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