|
page
1 - page
2 - page 3
Le
mitrailleur de queue était, nous l'avons vu,
le plus exposé au froid (la tourelle était
complètement isolée du reste de l'appareil
et ne recevait aucun apport d'air chaud),
au point que souvent, la condensation de sa
respiration formait de la glace autour de
la bouche et du masque à oxygène. Des lunettes
lui étaient fournies, mais elles étaient encombrantes
et perturbaient la vision. C'est pourquoi
beaucoup de mitrailleurs s'en passaient, et
parfois, avaient les conduits lacrimaux gelés.
Pour résister à l'air glacé, le mitrailleur
arrière revêtait une combinaison chauffante,
faite d'un tissus brun souple et soyeux, avec
des résistances qui couvraient la majeure
partie du corps. Il avait aussi des gants
chauffants, munis de résistances, qui lorsqu'ils
fonctionnaient correctement, étaient chauds
et confortables mais parfois, dégageaient
une chaleur insupportable. Ils avaient aussi
tendance à provoquer des court-circuits(1)(l'alimentation
électrique étaient assurée en 24 volts par
deux générateurs de 1500 W, montés en parallèle,
et entraînés par les moteurs internes).

Tourelle
de Lancaster
Là
ne s'achevait pas l'équipement du mitrailleur
arrière : venait par-dessus la combinaison
chauffante, une combinaison de grosse gabardine
grise avec col de fourrure, lequel n'était
pas un ornement, mais une protection indispensable
contre les courants d'air. Il n'y avait plus
qu'à enfiler le gilet de sauvetage, et le
harnais du parachute…Lorsque les équipages
se dirigeaient vers les autobus qui allaient
les conduire vers les avions, on reconnaissait
de loin les mitrailleurs à leur démarche de
canard.. Une fois installé à grand-peine dans
sa tourelle, le mitrailleur ne pouvait pratiquement
plus remuer, tant la place était mesurée.
C'est la raison pour laquelle la combinaison
flottante, garnie intérieurement de duvet,
qui devait à la fois tenir chaud et faire
office de gilet de sauvetage, avait dû être
abandonnée, elle était trop encombrante compte-tenu
de l'exiguïté de la tourelle.
Il
y avait encore un autre facteur qui rendait
la tourelle plus glaciale encore. Beaucoup
de mitrailleurs, comme Tom Maxwell, avaient
remarqué que le panneau de central de plexiglas
entre les canons pouvait recevoir une tache
d'huile, dont l'œil, avec la fatigue ne pouvait
se détacher, et prenait parfois l'apparence
d'un chasseur ennemi. Ils l'avaient donc fait
retirer, pour mieux voir, et malheureusement
avoir plus froid encore.
C'est
ainsi engoncés dans cet invraisemblable harnachement,
totalement immobiles tant l'espace était mesuré
et physiquement isolés du reste de l'équipage,
que les mitrailleurs des Lancaster passaient
en moyenne huit heures d'affilée, constamment
aux aguets, et parfaitement conscients d'occuper
à bord de l'appareil, le poste le plus exposé.
Encore étaient-ils favorisés en comparaison
des mitrailleurs des B 17, qui volaient
encore plus haut (à 30 000 pieds), et notamment
du mitrailleur de la tourelle ventrale
Sperry, invention ingénieuse mais véritable
cauchemar pour son occupant, dont nous aurons
l'occasion de parler ultérieurement. Il fallut
attendre la fin de l'année 1944 pour que les
équipages puissent commencer à bénéficier,
avec le B 29, des bienfaits de la pressurisation
et d'un relatif confort. Cependant, installé
dans une cellule pressurisée indépendante
du reste de l'avion, le mitrailleur de queue
restait isolé, ne pouvant quitter son habitacle
que dans la phase de vol dépressurisé.
Aujourd'hui,
le bilan du Bomber Command est, pour
diverses raisons, fortement contesté Il est
cependant nécessaire de rappeler que les missions
auront été particulièrement dangereuses (au
moins 50 000 morts ou disparus) et se seront
effectuées dans des conditions extrêmement
pénibles pour les équipages.
1.
Avant le véritable " gant chauffant ", les
mitrailleurs avaient connus les gants de soie,
munis de plots de métal, reliés à l'alimentation
électrique.[retour au texte]
page
1 - page
2 - page 3
|