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De
nos jours, les avions sont pressurisés : dans
la cabine, l'air est comprimé de sorte à ce
que la quantité d'oxygène soit comparable
à celle que l'on trouve à une altitude d'environ
2000 m. Il en résulte bien entendu une différence
de pression importante entre l'extérieur et
l'intérieur de l'appareil, qui exerce de sérieuses
contraintes sur le fuselage. La structure
de l'avion doit être parfaitement étanche,
et résister à des variations de pression,
dans des conditions de température extrêmes.
Si la température au sol est de 20° C, la
température à 12 000 m d'altitude est de -
56°. C'est du reste la connaissance imparfaite
du comportement des matériaux dans ces conditions
de température qui avait été à l'origine des
deux catastrophes survenues au cours des l'année
1953-54 au De Havilland Comet, le premier
avion de ligne a réaction.

Température
en °C/altitude en m.
La
pressurisation implique à la fois l'étanchéité,
et la résistance de la structure, lesquelles
pouvaient difficilement être assurées en 1940.
La résistance à la pression exigeait une qualité
des matériaux et du rivetage qu'il était impossible
de maintenir dans le cadre d'une production
de guerre : beaucoup d'appareils, comme le
Lancaster, avait une section rectangulaire,
qui facilitait la construction, les réparations,
mais ne favorisait pas la résistance. Enfin
les ouvriers hautement qualifiés qui auraient
pu construire des cellules pressurisées n'étaient
pas suffisamment nombreux pour satisfaire
les besoins. Dernier aspect capital, ni les
avions américains ni les avions britanniques
n'avaient été conçus pour être étanches. Des
ouvertures plus ou moins larges étaient ménagées
dans le corps des appareils, pour répondre
à diverses fonctions, de sorte que les avions
étaient parcourus de courants d'air. Les équipages
étaient donc confrontés à bord des appareils
à un froid paralysant. Le problème se posait
en priorité sur les bombardiers stratégiques,
qui volaient entre 7 et 10 000 mètres pendant
de longues heures.
Dans
le cadre des opérations de bombardement stratégique
de l'Allemagne, les missions duraient un minimum
de 8 heures. Un Lancaster qui décollait
d'Angleterre devait tout d'abord faire des
cercles au-dessus du territoire britannique
afin de gagner de l'altitude. Alourdi par
les bombes et le carburant , l'avion mettait
40 à 45 minutes pour atteindre l'altitude
de 20 000 pieds. Le trajet était long, car
même à 20 000 pieds d'altitude, la vitesse
de croisière de l'avion en charge ne dépassait
guère 200 mph. Pendant presque toute la durée
du voyage, l'équipage devait porter les masques
à oxygène, et subir un froid intense.
Le
froid à bord d'un Lancaster
Tous
n'étaient pas égaux. Le pilote, le navigateur,
l'opérateur radio et le mécanicien, jouissaient
d'une situation relativement favorable dans
la cabine de pilotage. Un système de chauffage
comparable dans son principe à celui des automobiles
utilisant la chaleur dégagée par les moteurs
y maintenait une température supportable.
Dans le nez de l'appareil, le bombardier avait
deux fonctions : celle, principale, de bombardier,
et la fonction accessoire de mitrailleur avant.
Lui aussi était exposé au froid, et ne recevait
qu'avec parcimonie l'air chaud de la cabine.
Également exposé était le mitrailleur de la
tourelle supérieure. Cependant, la tourelle
communiquait avec la cabine, de sorte qu'il
recevait lui aussi un peu de chaleur. Celui
qui avait le plus à souffrir du froid était
le mitrailleur arrière. Après avoir refermé
les portes coulissantes de sa tourelle il
se trouvait dans un isolement glacial, n'ayant
plus que l'interphone pour le relier à ses
camarades. À 20 000 pieds, la température
extérieure descend à - 30° C. La seule protection
que le mitrailleur pouvait recevoir venait
de ses vêtements. La description que nous
donnons de l'équipement d'un mitrailleur arrière
a été rédigé à partir du témoignage d'un vétéran
de la RFA,
Thomas J. Maxwell DFC(1)
, mitrailleur de queue en 1944 sur le Lancaster
LL828 du 622e escadron, basé à
Mildenhall, Suffolk.
Le
622e escadron volait sur des Lancaster
Mark I et Mark III.Le service d'approvisionnement
de la RAF avait choisi judicieusement les
tenues des équipages. Tout d'abord, les membres
de l'équipage se rasaient et prenaient un
bain avant de partir en mission, et contrairement
à ce que l'on voit souvent dans les films,
ne revêtaient pas pour l'occasion leur meilleur
uniforme et leur plus belle casquette.
Les mitrailleurs revêtaient des sous-vêtements
thermiques, gilet à manches longues et caleçon
long et de grosses chaussettes de laine. Certains
enfilaient une chemise civile sans col, avec
foulard de soie pour la dissimuler pendant
le briefing mais la plupart portaient la chemise
réglementaire, sans mettre le col, et en dissimulaient
l'absence là encore par un foulard de soie.
Tous portaient le pantalon d'uniforme. Sur
la chemise, venait un pull marin blanc, très
long pour bien protéger les reins, et par-dessus,
la veste de treillis . C'était dans cette
tenue que les équipages se rendaient au briefing.
La consigne était de se présenter en uniforme
de vol réglementaire au briefing, dans la
mesure où un officier supérieur en inspection
pouvait être présent.
Après le briefing, l'équipage se retirait
dans les vestiaires, pour finir de s'équiper.
C'est là qu'apparaissaient les écharpes de
couleur vive, cadeau de la mère, de l'épouse
ou de la fiancée. Elles étaient tolérées,
parce qu'elles étaient agréables à porter,
et qu'elles étaient considérées comme des
porte-bonheur. Dans les vestiaires se trouvait
tout l'équipement complémentaire: les harnais
de parachutes, les lampes de poche, les "
nécessaires d'évasion ".
Le nécessaire d'évasion comprenait, dans une
boîte de celluloïd qui prenait place dans
la poche du treillis le long de la jambe,
divers articles indispensables : des allumettes,
cinq cigarettes, des tablettes de glucose,
des cubes de potage déshydraté, des cartes
imprimées sur soie, une petite boussole, et
autres accessoires y compris du papier hygiénique.
Pilotes, navigateurs, mécaniciens, radios
et n'avaient plus qu'à enfiler les bottes
fourrées (2)et
la veste de mouton retourné : ils recevaient
dans la cabine l'air chaud venu des moteurs
internes, les plus rapprochés du fuselage,
et n'avaient pas besoin de protection supplémentaire.
Le sort du bombardier était différent. Tout
dépendant du temps qu'il aurait à passer dans
le nez de l'avion, rivé à son viseur, cherchant
la cible ou aidant à la navigation visuelle.
Il lui arrivait aussi de devoir s'installer
dans la tourelle avant(3)
.
1.
DFC : Distinguished Flying Cross.[retour
au texte]
2.
Il y avait dans la RAF deux sortes de bottes
: les bottes fourrées en suède brun, à fermeture
éclair, et les bottes de cuir en deux parties,
le bas lacé, et la tige amovible. Elles pouvaient
alors prendre l'apparence de chaussures de
marche ordinaires, plus discrètes si l'on
tombait en territoire ennemi.[retour
au texte]
3.
L'équipage d'un Lancaster n'était que de 7
hommes : il n'y avait ni co-pilote, ni mitrailleur
avant, le bombardier cumulant les deux fonctions.
[retour au texte]
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