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LES ETATS-UNIS FACE A LA MENACE TERRORISTE
par Alexis M. BAUTZMANN, chargé d'enseignement

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A l'issue de la guerre froide, la disparition de l'ancien rival soviétique a abouti à l'émergence d'une ère géopolitique nouvelle, hissant de fait les États-Unis au rang d'unique superpuissance mondiale. L'absence d'adversaires potentiels à même d'affronter directement et à grande échelle l'armée américaine n'a cependant pas conduit à l'élimination des risques de conflits. De nouvelles menaces émergent à l'aube du XXIème siècle, tournées pour l'essentiel en direction d'intérêts américains. Leur origine politique (États terroristes ou politiquement instables, organisations criminelles, mouvements religieux et sectaires, …), la nature des armes employés (armes de perturbation ou de destruction massive, constituées à partir de matériaux chimiques, bactériologiques, nucléaires ou informatiques) et la diffusion géographique de cette menace caractérisent ce que le Pentagone qualifie de "paradigme de menace globale" (global threat paradigm). L'allocution prononcée à l'United States Naval Academy d'Annapolis par le Président William Clinton, le 22 mai 1998, en résume la teneur :

"Nous devons rester fermes et vigilants face aux menaces que nous avons affrontées tout au long du XXème siècle : l'agression et la concurrence régionales, les guerres civiles meurtrières et les tentatives de renversement des régimes démocratiques. Cependant, notre sécurité est de plus en plus l'objet de menaces non traditionnelles provenant d'adversaires, anciens et nouveaux, que sont non seulement les régimes hostiles, mais également les terroristes et les criminels internationaux qui, ne pouvant pas nous vaincre sur les champs de bataille classiques, recherchent d'autres manières de nous attaquer, en exploitant notamment les nouvelles technologies et l'ouverture mondiale toujours plus grande (…) Nous devons traiter ces nouvelles menaces du XXIème siècle avec toute la rigueur et la détermination dont nous avons fait preuve pour relever les plus rudes défis en matière de sécurité au cours du siècle qui s'achève". Cette situation a conduit le gouvernement Clinton à considérer la lutte antiterroriste et la maîtrise des armements comme un élément central et permanent de sa politique étrangère et de sécurité nationale. Comme l'indique John Hollum, directeur de l'Agence fédérale de limitation des armes et du désarmement (ACDA): "La persistance du terrorisme, conjuguée à la facilité accrue de l'accès aux armes nucléaires, chimiques et biologiques, fait que nous vivons tous dans un monde plus dangereux qu'autrefois (…). De surcroît, il faut redouter aujourd'hui une nouvelle éventualité - celle de la guerre dans le cyberespace, qui pourrait entraver le fonctionnement de toute société moderne du fait d'attaques de type non classique".

Vers une sanctuarisation du territoire américain
Afin de protéger le territoire américain face à ces nouvelles menaces, le Secrétaire à la Défense William Cohen a appelé en 1998 à la création d'un nouvel organisme, la Defense Threat Reduction Agency (DTRA, Agence de réduction des menaces du Département de la Défense). Cette agence, qui a été rendue opérationnelle le 1er octobre 1998, rassemble l'On-Site Inspection Agency (Agence d'inspection des sites), la Defense Special Weapons Agency (Agence sur les armements spéciaux du Département de la Défense) ainsi que la Defense Technology Security Administration (Administration des technologies de défense). Elle a pour mission de coordonner les travaux techniques et les analyses stratégiques portant sur l'utilisation éventuelle d'armes de destruction massive à l'encontre des États-Unis ou de leurs alliés. Le Pentagone s'est par ailleurs engagé dans la voie de la dissuasion en s'assurant que les forces armées américaines soient prêtes à se battre et à gagner sur n'importe quel champ de bataille, fut-il contaminé par des armes chimiques, bactériologiques ou nucléaires. A cette fin, près d'un milliard de dollars a été investi par le Département américain de la Défense entre 1997 et 1998 afin d'accroître les capacités de détection, de protection et de riposte de l'armée américaine face à l'utilisation par un États ou une organisation terroriste d'armes de destruction massive. La vaccination systématique des militaires américains stationnés dans le golfe Persique contre la bactérie du charbon résulte de ces choix. Cette initiative devrait en outre se prolonger d'ici à l'année 2005, afin que tout soldat américain soit pareillement immunisé contre les principaux agents bactériologiques infectieux. Comme l'affirme William Cohen : "Plus nos forces seront préparées, plus réduite sera la possibilité d'attaques contre elles, nos adversaires potentiels n'envisageant alors même pas de les affronter". Le Département de la Défense coordonne de surcroît un vaste plan d'action destiné à organiser le plus efficacement possible les premiers secours dans le cadre d'une attaque terroriste usant d'armes de destruction massive chimiques ou bactériologiques et visant le sol américain. A cet effet, dix équipes spéciales de la Garde nationale sont actuellement mises en place afin de fournir une aide logistique et sanitaire aux autorités civiles en cas d'attaque à l'arme chimique ou biologique. Ces unités seront stationnées en Californie, au Colorado, en Géorgie, en Illinois, au Massachusetts, au Missouri, dans l'État de New York, en Pennsylvanie, au Texas et dans l'État de Washington. Ils devront dans les plus brefs délais évaluer la situation, puis aider les autorités locales à identifier les ressources militaires fédérales nécessaires afin de combattre une attaque ou d'intervenir en cas d'incident. Par ailleurs, les unités de réserve qui ont déjà été formées pour réagir à de telles attaques à l'étranger recevront une formation complémentaire et seront dotées de matériel et de capacités d'appui sur le territoire américain. Les dix équipes d'évaluation rapide de la Garde nationale seront en outre complétées et soutenues par cent vingt-sept unités de décontamination et cinquante-quatre unités de reconnaissance provenant d'éléments des forces réservistes de l'armée américaine. Cette initiative est vouée à fournir la base du dispositif stratégique de préparation de la défense américaine contre l'utilisation éventuelle d'armes de destruction massive. Un programme d'action orchestré par la Federal Emergency Management Agency (Agence fédérale de gestion des crises - FEMA) complète ce dispositif : le Rapid Response Information System (RRIS), destiné à fournir des bases de données d'urgence aidant les secours lors d'attaques chimiques, bactériologiques ou nucléaires sur le territoire américain. Les États-Unis disposent par ailleurs d'un Programme de défense antimissiles balistiques (Ballistic Missile Defense Program) qui s'articule autour de trois éléments :

  • La défense tactique qui vise à protéger les États-Unis et leurs alliés contre des missiles balistiques de faible portée et les missiles de croisière. Celle-ci comprend un ensemble de systèmes de faible altitude devant intercepter les missiles à basse et moyenne altitude (en zone atmosphérique), ainsi que des systèmes chargés de neutraliser à haute altitude (dans l'espace extra-atmosphérique) et dans un plus large rayon d'action les attaques de missiles.
  • Par ailleurs, ce programme prévoit la mise au point et les essais d'un système intégré de défense du territoire américain à l'encontre de missiles intercontinentaux lancés accidentellement, ainsi qu'envers des missiles de moyenne portée envoyés intentionnellement par des régimes terroristes. Le système d'arme comprendrait alors six éléments : un intercepteur au sol ; un système de radiodétection au sol ; des radars améliorés d'alerte précoce au sol ; des radars dans les postes avancés ; un système à infrarouge par satellite ; et enfin un système de synchronisation, de commandement, de contrôle et de communication de combat. Cette architecture devrait, selon le Département de la Défense américain, être opérationnelle dès l'année 2003. Lors du Sommet d'Helsinki en mars 1997, les Présidents Clinton et Eltsine se sont accordés sur le fait que le Traité sur la limitation des systèmes de missiles antimissiles (Anti-Ballistic Missile Treaty) ne s'opposerait pas au déploiement de ces six éléments.
  • Le troisième volet de ce programme de défense vise à encourager la recherche et le développement de systèmes de défense anti-balistiques de plus en plus sophistiqués, dans le domaine notamment des techniques avancées d'interception, de détection, et d'emploi de lasers chimiques.

L'ensemble de ces dispositions s'accompagne de mesures juridiques participant activement à la protection du territoire américain. Ces lois, votées par le Congrès, deviennent au fil du temps de plus en plus coercitives vis-à-vis des organisations terroristes ou des États menaçant la sécurité des États-Unis. Leur champ d'application dépasse par ailleurs le simple cadre national, le droit américain devenant dès lors un véritable instrument de politique étrangère. Ces lois sont par ailleurs complétées par plusieurs décisions présidentielles visant à renforcer la protection des infrastructures vitales américaines et sanctuariser le territoire des États-Unis.

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