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Crise du recrutement et barbarisation
de l'armée
L'Empire face à une crise du recrutement
croîssante a échoué en imposant l'hérédité de fonction aux
fils de militaires et en réquisitionnant pour 20 ans les rebuts
de la paysannerie. Dès le IIIe siècle, il recrute de plus
en plus de Barbares tant dans les unités auxiliaires que dans
les troupes d'élite. Les Barbares sont demandeurs d'intégration
et valeureux aux armes. Les seuls peuples de l'Empire qui
continue à s'engager massivement au IVe siècle sont les Gaulois
et les Africains, alors que les Italiens se coupent le pouce
pour ne pas servir.
La barbarisation
est progressive jusqu'en 376. Les Barbares s'engagent à titre
individuel ou par contingents entiers sous les ordres de leurs
princes-officiers. Leurs qualités combattantes, morales et
physiques alliées à l'armement romain en font des unités d'élite.
Les scholes palatines de la garde impériale sont majoritairement
composées de Barbares. Les princes barbares accèdent aux plus
hauts grades de l'armée dès les années 350. Dès cette époque,
les Francs forment la majorité des officiers généraux de l'armée
et de l'état-major d'Occident. En Orient, des Sarmates, des
Géorgiens, ou des Perses ralliés à l'Empire accèdent à des
grades importants. Néanmoins, ces Barbares sont intégrés dans
des unités organisées à la romaine. On voit des généraux et
des troupes barbares combattre avec férocité leurs frères
de race pour le compte des Romains. Il s'installe un paradoxe:
les Barbares sont à la fois les ennemis et les défenseurs
de l'Empire. Ennemis et vaincus, ils sont distribués à travers
l'Empire pour mettre en valeur les terres incultes ou abandonnées
ou même recrutés dans l'armée romaine. Un ennemi qu'on arme
n'est plus un ennemi: c'est un partenaire.







Le difficile
équilibre de l'intégration est rompu en 376. A cette date,
chassés par les Huns, Barbares asiatiques venus des steppes
de Mongolie, les Goths demandent l'asile politique à l'Empire
romain d'Orient. L'empereur d'Orient Valens, poussé par ses
courtisans, intègre la masse des réfugiés qu'il espère transformer
en cultivateurs, en soldats et en contribuables. Il installe
les Goths en tant que fédérés dans les Balkans, mais la malhonnêteté
des gouverneurs provinciaux les affame et les pousse à la
révolte dès 376. Leur nombre est tel que les troupes frontalières
ne peuvent les empêcher de se répandre et de semer la dévastation.
Les renforts s'avèrent insuffisants et l'empereur Valens ne
peut intervenir en personne avec l'armée de manoeuvre qu'en
378. Après son anéantissement à Andrinople,
l'Empire vaincu accepte de réintégrer les Goths en tant que
fédérés. Ils reçoivent des terres et des subsides de l'Etat
romain contre le service des armes. La tentative de les amalgamer
aux troupes régulières échoue car, trop nombreux, ils refusent
la discipline romaine et gardent leurs chefs. Des heurts ont
lieu avec les soldats romains. Des révoltes sporadiques éclatent.
Le nouvel empereur d'Orient Théodose Ier essaie vainement
de les épuiser dans les guerres civiles contre des usurpateurs.
Après
la mort de Théodose en 395, son fils Honorius trop jeune et
trop faible, doit accepter la régence d'un Barbare appelé
Stilicon, commandant en chef des forces occidentales. En Orient,
c'est un autre officier barbare, Gaïnas, qui s'impose au frère
d'Honorius, Arcadius. Arcadius et la population de Constantinople,
à la suite d'une réaction anti-germanique en l'an 400, parviennent
à chasser Gaïnas et ses fédérés barbares. Dans le même temps,
Alaric, le chef des fédérés goths mène une guerre personnelle
contre l'Empire romain d'Orient jusqu'à ce qu'il obtienne
le commandement de l'Illyrie en 397. En fait, il est devenu
un seigneur de la guerre indépendant qui opère sur le territoire
romain en prélevant l'impôt à son bénéfice. Dès 401, il se
reporte contre l'Occident et attaque l'Italie. Le généralissime
Stilicon contient ces assauts, mais après son assassinat en
408, Alaric a la voie libre. En 410, à sa troisième tentative
de siège, il pille Rome, ce qui n'était pas arrivé depuis
l'époque de Brennus en 390 avant-Jésus-Christ. Ces guerres
dans la péninsule italienne obligent l'Occident à abandonner
la Bretagne et à dégarnir la frontière du Rhin pour rameuter
des renforts. En conséquence, à la fin de 406, le Rhin est
franchi par des hordes de Vandales, de Suèves et les Alains
qui dévastent la Gaule puis s'installent en Espagne vers 409.
Vers
412, Athaulf, le successeur d'Alaric, se réconcilie avec l'empereur
d'Occident Honorius dont il épouse la soeur et s'institue
protecteur des Romains. L'empereur l'installe en Gaule Narbonnaise
puis en Aquitaine à partir de 418. Toulouse devient le centre
d'un royaume wisigothique au coeur de l'Empire romain. Dès
les années 420, les Wisigoths mènent une politique d'expansion
territoriale aux dépens des provinces romaines. Contre eux
et les agressions extérieures, L'Empire utilise des cavaliers
huns et installe de nouveaux fédérés en Gaule, Francs saliens
dans le Nord-Est et Burgondes autour de Lyon et de Genève.
Lorsque le roi des Huns Attila investit la Gaule en 451, le
généralissime Aétius réunit les différentes communautés barbares
installées en Gaule aux dernières troupes régulières (composées
de Barbares et de quelques provinciaux). Après la victoire
contre Attila, les fédérés mènent une politique indépendante
de l'Empire. Les terres qu'ils ont reçues en protection deviennent
des principautés barbares. L'Empire d'Occident se délite de
l'intérieur. Il n'y a plus réellement d'armée romaine, mais
une garde impériale à la fidélité douteuse. Rome est pillée
en 455 par les Vandales, installés en Afrique depuis 429,
puis en 472 par les Burgondes, dont le roi est devenu généralissime
de l'armée romaine. L'empereur entre 455 et 476 n'est plus
qu'un fantoche entre les mains des condottières barbares.
L'un d'eux Odoacre, renverse le dernier empereur d'Occident
en 476, et s'institue patrice ("petit père") des
Romains. La déposition de Romulus Augustule est une formalité,
car l'Empire d'Occident a cessé depuis longtemps d'être militairement
souverain.
La
barbarisation de l'armée a détruit l'Etat romain. La société
romaine disparaît progressivement sous l'apport barbare. Des
Etats nouveaux apparaissent en Europe occidentale. La paix
romaine laisse place à ce que l'historiographie anglo-saxonne
appelle les "Ages Sombres".
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