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L'ARMEE ROMAINE DU BAS-EMPIRE
par le docteur Philippe Richardot, PhD

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La crise politico-militaire des années 250-270

 

Entre la mort d'Auguste, le premier empereur, et le milieu du IIIe siècle, une armée professionnelle de 300.000 hommes, tant légionnaires qu'auxiliaires, suffisait à maintenir la Pax Romana. Dans les années 250-260, cette armée déployée aux frontières est mise en échec par une pression barbare sans précédent. En Europe, de nouvelles confédérations germaniques (Alamans, Francs, Saxons, Goths) s'organisent. Les Barbares franchissent le Rhin et le Danube. Les voies romaines deviennent des couloirs d'invasion. Des Francs traversent la Gaule et ravagent le Nord-Est de l'Espagne. Les villes de l'intérieur, sans garnison ni murailles, sont aisément pillées. En Orient, la dynastie sassanide redonne aux Perses les moyens et le goût de l'impérialisme militaire. L'Euphrate et traversée, Antioche est pillée.



Commandements militaires de l'Empire Romain


A l'évidence, l'Empire doit réorganiser son outil militaire. Tâche d'autant plus difficile que les ambitions rivales de ses généraux contrarient l'unité de l'Empire. Les grands commandants régionaux (Bretagne, Rhin, Danube, Orient) utilisent leurs troupes pour briguer l'Empire, ou même un règne sans partage sur une partie d'Empire. L'Empire fait alors l'expérience d'une défense décentralisée. L'instabilité est de règle. Près des deux-tiers des empereurs ont une fin tragique. La plupart des empereurs de la seconde moitié du IIIe siècle est proclamée puis dénoncée par des "pronunciamentos". Contrairement à la période du Haut-Empire, le Sénat n'a plus aucun rôle politique ou militaire. Les professionnels ne veulent plus que les sénateurs exercent de commandements épisodiques dans l'armée. En 262, l'empereur Gallien les exclut de toute fonction militaire. A l'exception de l'éphémère empereur Tacite, la pourpre impériale appartient désormais exclusivement aux meilleurs ou aux plus ambitieux des généraux. L'armée assume la direction politique de l'Empire dont elle est le seul recours. Militairement, les empereurs ne sont pas inactifs. Deux d'entre eux trouvent la mort au combat: Dèce, tué par les Goths en 251 et Valérien capturé et exécuté par les Perses en 260. Le débordement des défenses frontalières conduit l'Empire à réduire son périmètre défensif en abandonnant les provinces conquises au-delà du Rhin et du Danube (Rhétie et Dacie) et délaisse en Bretagne le Mur d'Antonin, situé au Nord du Mur d'Hadrien. Une stratégie de défense en profondeur est adoptée empiriquement. Une armée de manoeuvre réduite, groupée autour de l'empereur, intercepte les Barbares à 200-300 kilomètres à l'intérieur du territoire romain. Rome cesse d'être la capitale effective de l'Empire au profit de Milan et de l'état-major itinérant du prince.

Il n'y pas de sursaut militaire des populations romaines devant la menace barbare. Toutefois les civils essaient localement d'assurer leur autodéfense. On édifie des enceintes autour des villes. Certaines de ces enceintes urbaines sont soignées et persistent jusque vers 1300. La ville du Mans présente encore une tour et un rempart de cette époque. D'autres enceintes réutilisent les pierres des bâtiments publics ou s'en servent de points-d'appui pour former des villes réduites. Rome elle-même doit s'entourer d'une enceinte en briques qui existe toujours aujourd'hui: le Mur d'Aurélien. Dans les campagnes, les grands propriétaires terriens fortifient leurs villas. Des refuges de hauteur sont construits dans les régions voisines du Rhin pour protéger les villageois. C'est de l'autodéfense passive à la fois contre les Barbares et contre les bandes de brigands qui s'organisent suite à l'affaiblissement du pouvoir. L'histoire a conservé le nom de ces bandes de brigands: les bagaudes en Gaule et les circoncellions en Afrique.


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