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ANDRINOPLE 378
par le docteur Philippe Richardot, PhD

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La bataille d'Andrinople ou Adrianople (aujourd'hui Edirne en Turquie européenne) le 9 août 378 représente le plus grand désastre militaire romain du IVe siècle. Il ne résulte pas d'une invasion mais de la mutinerie de fédérés goths. Le meilleur récit de ces événement est donné par l'historien et militaire Ammien Marcellin (vers 325-395).


L'incroyable mutinerie gothique
(376-377)

Contrairement aux Huns, les Goths ne sont pas de nouveaux venus pour les Romains qui les ont pratiqués comme ennemis ou alliés depuis le milieu du IIIe siècle. En 251, les Goths infligent un désastre considérable aux Romains: le roi Cniva détruit une armée romaine et tue l'empereur Dèce. Vaincus par Constantin, ils jurent un traité d'alliance avec l'Empire en 332. Les Goths sont au IVe siècle installés au Nord du Danube, dans les régions qui correspondaient autrefois à la Dacie et à la Scythie. En 376, chassés par les Huns, barbares asiatiques, ils demandent l'asile politique à l'Empire romain d'Orient. La totalité des Goths Thervingues (appelés plus tard Wisigoths), aux ordres d'Alavivus et de Fritigern, sont autorisés à s'établir sur le territoire romain comme fédérés. Pour des raisons de sécurité, le passage est refusé aux Goths Greuthungues (Ostrogoths) de Saphrax, d'Alathée et de Farnobe. Toutefois, l'intégration massive de Goths Thervingues dépasse les capacités d'accueil des provinces balkaniques et se heurte à la malhonnêteté des commandants régionaux romains. Les Thervingues sont odieusement affamés et dépouillés par le comte des Thraces Lupicin et le duc de Mésie Maxime. Pour contenir la révolte montante, Lupicin dégarnit la frontière danubienne de troupes. L'absence de barques de surveillance fluviale incite les Greuthungues de Saphrax et d'Alathée à passer le Danube par surprise sur des radeaux. Lupicin commet une autre faute en refusant l'accès de la ville de Marcianopolis aux Goths Thervingues suppliant d'acheter des vivres, ce qui les pousse à la révolte. Les hommes de Fritigern anéantissent les troupes de Lupicin.

La mutinerie risque de s'étendre aux fédérés goths de Suéride et de Colias, admis dans l'Empire depuis une quarantaine d'années et installés près d'Andrinople. Pour des raisons de sécurité, l'empereur d'Orient Valens leur ordonne de franchir l'hellespont (détroits de la Mer Noire). Suéride et Colias acceptent et demandent à la ville d'Andrinople des vivres, des moyens de transport, et un délai de deux jours. Leur bonne volonté se heurte à la mesquinerie des Anfrinopolitains: les ouvriers des arsenaux impériaux, armés par le magistrat de la ville, narguent les fédérés et leur enjoignent d'obéir immédiatement à l'ordre reçu. C'est la guerre. Les soldats improvisés d'Andrinople sont massacrés.


La carte administrative de l'empire romain en 378

Les Goths s'avèrent les ennemis les plus difficiles à vaincre en Europe. Leur force militaire repose sur la Harjis, armée tribale. En 376, les Thervingues de Fritigern sont des fantassins et les Greuthungues de Saphrax et d'Alathée, des cavaliers. Une fois sur le territoire romain de Mésie et de Thrace, il n'y a plus la barrière du Danube pour les arrêter, et les Huns leur ôtent tout espoir de retour dans leur région d'origine. Les Goths combattent dons avec l'énergie du désespoir. Le savoir-faire romain, repérable lors des batailles contre les Alamans en Germanie, n'établit pas un différentiel notable entre les antagonistes.

De faibles renforts sont amenés d'Orient et d'Occident dans le secteur des Balkans. D'Orient sont envoyés les généraux Profuturus et Trajan, ambitieux et incompétents, ainsi que trois légions d'Arménie numériquement insuffisantes: 3000 hommes tout au plus. L'empereur d'Occident Gratien, pour répondre aux sollicitations de son oncle Valens, envoie le duc (général) Frigérid avec des renforts pannoniens et gaulois. Puis, il délègue le chef de sa garde personnelle, le comte des Domestiques Richomer accompagné de quelques cohortes réduites de l'armée des Gaules. La plupart de ces cohortes de renforts désertent, à l'instigation du maître de l'infanterie Mérobaude, qui redoute de voir la frontière du Rhin dégarnie de ses défenses. Frigérid, neutralisé par une attaque de goutte, ou sa lâcheté, refuse de combattre. Il reste en veille stratégique à la frontière des deux Empires. Richomer, nommé commandant en chef, les généraux Profuturus et Trajan, engagent une bataille incertaine à Salices. Il n'y a ni vainqueur, ni vaincu mais de lourdes pertes de chaque côté. Plusieurs années après, le champ de bataille reste jonché d'os blanchis. L'impossibilité de vaincre est un signe d'inefficacité tactique.

Les Romains obtiennent quelques succès par la stratégie indirecte. A la fin de l'année 376, ils parviennent à bloquer une partie des Goths dans les défilés du Mont Haemus (Balkans). Les Goths semblent repoussés au Nord des Balkans, le dos au Danube. Au début de 377, cette stratégie est abandonnée, laissant la Thrace ouverte au pillage. Apparemment, Saturnin, qui a remplacé Richomer retourné en Gaule, craint d'être débordé par des groupements de Alains et de Huns qui venaient de s'allier aux Goths. Pour endiguer ces hordes de pillards, Saturnin divise ses forces en groupes mobiles. Le tribun des Scutaires (cavaliers cuirassés armés d'un boucliers) Barzimer, commandant aussi les Cornus (unité germanique) et d'autres troupes d'infanterie, est surpris par les Goths alors qu'il installe son camp sous les murs de Dibaltum en Thrace. Il contre-attaque avec les hommes qui ont eu le temps de s'armer. Barzimer contient un temps l'ennemi avec égalité, mais une réserve de cavalerie gothique l'encercle et l'anéantit au moment où il est fatigué. Barzimer avait pourtant garanti ses flancs. C'est une répétition d'Andrinople à une moindre échelle. La tactique des Goths est d'épuiser les Romains dans un combat frontal d'infanterie, puis de les envelopper. Les ailes de cavalerie romaine semblent toujours repoussées par les cavaliers gothiques. Néanmoins après cette défaite, Frigérid, général de Gratien, retourne en Thrace. Il y encourt le risque d'être encerclé à Béroéa où il a établi son camp et préfère retraiter en direction des montagnes boisées d'Illyrie (actuelle Serbie). Sur sa route, il inflige une sévère défaite aux Goths de Farnobe et à leurs alliés Taïfales nouvellement arrivés.

/dossiers_antiquite_andrinople_pl2-1text.jpg (59156 octets)

Scutaire dont l'armement défensif comprend un bouclier(scutum), une cuirasse d'écaille, un casque segmenté à nasal.
Armes offensives : lance et épée longue. A défaut d'étriers, la selle à arçons assure une grande stabilité au cavalier.

A la fin de l'année 377, aucun résultat décisif n'est enregistré. Le récit des deux années de guerre précédant la bataille d'Andrinople souligne les insuffisances du commandement et surtout des moyens. Les plus grandes opérations sont entreprises par les généraux de l'Empire d'Occident tandis que ceux d'Orient leur sont subordonnés ou inférieurs dans l'action. Paradoxalement, les régions dévastées ressortent de l'Empire d'Orient. Le compte-rendu des opérations est confus. Les Romains ont du mal à localiser les Goths et leurs alliés. Cela tient au fait que les Barbares agissent en plusieurs bandes dispersées. Les Goths renoncent aux opérations de siège où ils ont inaptes et qui pourraient les fixer. Le relief ondulé de la Thrace facilite les défilements. La découverte-surprise est donc à l'origine des trois batailles de Salices, de Dibaltum, et de celle menée par Frigérid. Les deux adversaires campent à peu de distance l'un de l'autre autour de Salices et une reconnaissance romaine décide de l'engagement; Barzimer est surpris par un groupe non identifié de Goths sous Dibaltum; Frigérid surprend Farnobe.


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