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La
bataille d'Andrinople ou Adrianople (aujourd'hui Edirne en
Turquie européenne) le 9 août 378 représente le plus grand
désastre militaire romain du IVe siècle. Il ne résulte pas
d'une invasion mais de la mutinerie de fédérés goths. Le meilleur
récit de ces événement est donné par l'historien et militaire
Ammien Marcellin (vers 325-395).
L'incroyable mutinerie gothique
(376-377)
Contrairement
aux Huns, les Goths ne sont pas de nouveaux venus pour les
Romains qui les ont pratiqués comme ennemis ou alliés depuis
le milieu du IIIe siècle. En 251, les Goths infligent un désastre
considérable aux Romains: le roi Cniva détruit une armée romaine
et tue l'empereur Dèce. Vaincus par Constantin, ils jurent
un traité d'alliance avec l'Empire en 332. Les Goths sont
au IVe siècle installés au Nord du Danube, dans les régions
qui correspondaient autrefois à la Dacie et à la Scythie.
En 376, chassés par les Huns, barbares asiatiques, ils demandent
l'asile politique à l'Empire romain d'Orient. La totalité
des Goths Thervingues (appelés plus tard Wisigoths), aux ordres
d'Alavivus et de Fritigern, sont autorisés à s'établir sur
le territoire romain comme fédérés. Pour des raisons de sécurité,
le passage est refusé aux Goths Greuthungues (Ostrogoths)
de Saphrax, d'Alathée et de Farnobe. Toutefois, l'intégration
massive de Goths Thervingues dépasse les capacités d'accueil
des provinces balkaniques et se heurte à la malhonnêteté des
commandants régionaux romains. Les Thervingues sont odieusement
affamés et dépouillés par le comte des Thraces Lupicin et
le duc de Mésie Maxime. Pour contenir la révolte montante,
Lupicin dégarnit la frontière danubienne de troupes. L'absence
de barques de surveillance fluviale incite les Greuthungues
de Saphrax et d'Alathée à passer le Danube par surprise sur
des radeaux. Lupicin commet une autre faute en refusant l'accès
de la ville de Marcianopolis aux Goths Thervingues suppliant
d'acheter des vivres, ce qui les pousse à la révolte. Les
hommes de Fritigern anéantissent les troupes de Lupicin.
La
mutinerie risque de s'étendre aux fédérés goths de Suéride
et de Colias, admis dans l'Empire depuis une quarantaine d'années
et installés près d'Andrinople. Pour des raisons de sécurité,
l'empereur d'Orient Valens leur ordonne de franchir l'hellespont
(détroits de la Mer Noire). Suéride et Colias acceptent et
demandent à la ville d'Andrinople des vivres, des moyens de
transport, et un délai de deux jours. Leur bonne volonté se
heurte à la mesquinerie des Anfrinopolitains: les ouvriers
des arsenaux impériaux, armés par le magistrat de la ville,
narguent les fédérés et leur enjoignent d'obéir immédiatement
à l'ordre reçu. C'est la guerre. Les soldats improvisés d'Andrinople
sont massacrés.

La carte administrative
de l'empire romain en 378
Les
Goths s'avèrent les ennemis les plus difficiles à vaincre
en Europe. Leur force militaire repose sur la Harjis, armée
tribale. En 376, les Thervingues de Fritigern sont des fantassins
et les Greuthungues de Saphrax et d'Alathée, des cavaliers.
Une fois sur le territoire romain de Mésie et de Thrace, il
n'y a plus la barrière du Danube pour les arrêter, et les
Huns leur ôtent tout espoir de retour dans leur région d'origine.
Les Goths combattent dons avec l'énergie du désespoir. Le
savoir-faire romain, repérable lors des batailles contre les
Alamans en Germanie, n'établit pas un différentiel notable
entre les antagonistes.
De
faibles renforts sont amenés d'Orient et d'Occident dans le
secteur des Balkans. D'Orient sont envoyés les généraux Profuturus
et Trajan, ambitieux et incompétents, ainsi que trois légions
d'Arménie numériquement insuffisantes: 3000 hommes tout au
plus. L'empereur d'Occident Gratien, pour répondre aux sollicitations
de son oncle Valens, envoie le duc (général) Frigérid avec
des renforts pannoniens et gaulois. Puis, il délègue le chef
de sa garde personnelle, le comte des Domestiques Richomer
accompagné de quelques cohortes réduites de l'armée des Gaules.
La plupart de ces cohortes de renforts désertent, à l'instigation
du maître de l'infanterie Mérobaude, qui redoute de voir la
frontière du Rhin dégarnie de ses défenses. Frigérid, neutralisé
par une attaque de goutte, ou sa lâcheté, refuse de combattre.
Il reste en veille stratégique à la frontière des deux Empires.
Richomer, nommé commandant en chef, les généraux Profuturus
et Trajan, engagent une bataille incertaine à Salices. Il
n'y a ni vainqueur, ni vaincu mais de lourdes pertes de chaque
côté. Plusieurs années après, le champ de bataille reste jonché
d'os blanchis. L'impossibilité de vaincre est un signe d'inefficacité
tactique.
Les
Romains obtiennent quelques succès par la stratégie indirecte.
A la fin de l'année 376, ils parviennent à bloquer une partie
des Goths dans les défilés du Mont Haemus (Balkans). Les Goths
semblent repoussés au Nord des Balkans, le dos au Danube.
Au début de 377, cette stratégie est abandonnée, laissant
la Thrace ouverte au pillage. Apparemment, Saturnin, qui a
remplacé Richomer retourné en Gaule, craint d'être débordé
par des groupements de Alains et de Huns qui venaient de s'allier
aux Goths. Pour endiguer ces hordes de pillards, Saturnin
divise ses forces en groupes mobiles. Le tribun des Scutaires
(cavaliers cuirassés armés d'un boucliers) Barzimer, commandant
aussi les Cornus (unité germanique) et d'autres troupes d'infanterie,
est surpris par les Goths alors qu'il installe son camp sous
les murs de Dibaltum en Thrace. Il contre-attaque avec les
hommes qui ont eu le temps de s'armer. Barzimer contient un
temps l'ennemi avec égalité, mais une réserve de cavalerie
gothique l'encercle et l'anéantit au moment où il est fatigué.
Barzimer avait pourtant garanti ses flancs. C'est une répétition
d'Andrinople à une moindre échelle. La tactique des Goths
est d'épuiser les Romains dans un combat frontal d'infanterie,
puis de les envelopper. Les ailes de cavalerie romaine semblent
toujours repoussées par les cavaliers gothiques. Néanmoins
après cette défaite, Frigérid, général de Gratien, retourne
en Thrace. Il y encourt le risque d'être encerclé à Béroéa
où il a établi son camp et préfère retraiter en direction
des montagnes boisées d'Illyrie (actuelle Serbie). Sur sa
route, il inflige une sévère défaite aux Goths de Farnobe
et à leurs alliés Taïfales nouvellement arrivés.

Scutaire
dont l'armement défensif comprend un bouclier(scutum), une
cuirasse d'écaille, un casque segmenté à nasal.
Armes offensives : lance et épée longue. A défaut d'étriers,
la selle à arçons assure une grande stabilité au cavalier.
A la fin de
l'année 377, aucun résultat décisif n'est enregistré. Le récit
des deux années de guerre précédant la bataille d'Andrinople
souligne les insuffisances du commandement et surtout des
moyens. Les plus grandes opérations sont entreprises par les
généraux de l'Empire d'Occident tandis que ceux d'Orient leur
sont subordonnés ou inférieurs dans l'action. Paradoxalement,
les régions dévastées ressortent de l'Empire d'Orient. Le
compte-rendu des opérations est confus. Les Romains ont du
mal à localiser les Goths et leurs alliés. Cela tient au fait
que les Barbares agissent en plusieurs bandes dispersées.
Les Goths renoncent aux opérations de siège où ils ont inaptes
et qui pourraient les fixer. Le relief ondulé de la Thrace
facilite les défilements. La découverte-surprise est donc
à l'origine des trois batailles de Salices, de Dibaltum, et
de celle menée par Frigérid. Les deux adversaires campent
à peu de distance l'un de l'autre autour de Salices et une
reconnaissance romaine décide de l'engagement; Barzimer est
surpris par un groupe non identifié de Goths sous Dibaltum;
Frigérid surprend Farnobe.
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