
Film de
guerre, duel entre deux hommes, fresque historique… Stalingrad
de Jean-Jacques Annaud mélange les genres avec plus ou
moins de bonheur mais offre un spectacle impressionnant
et un magnifique face à face de soldats d'élite. Et pourtant,
la bande-annonce, disponible entre autres sur le net,
laissait craindre le pire : de l'amour dans les ruines
et une scène de combat digne de la guerre des Zoulous…
C'est donc en traînant les pieds que nous sommes allés
découvrir les aventures de Vassili Zaïtzev, tireur d'élite
et héros de l'Union soviétique. Stalingrad est donc d'abord
l'histoire d'un homme, celle d'un modeste chasseur sibérien
qui devient par ses exploits et la volonté de la propagande
communiste l'icône de l'armée rouge. L'un des attraits
du film tient d'ailleurs aux rapports qu'entretiennent
le héros, modeste et effacé, et le commissaire politique
Danilov, qui l'a découvert et se charge d'entretenir le
mythe pour soutenir le moral chancelant des troupes. La
célébrité de Zaïtzev lui vaut de devenir la proie du major
König, as des tireurs d'élite allemand. Il faudra 2 h
30 pour que ce duel trouve son accomplissement logique,
après des scènes de " sniping " d'anthologie, filmées
dans des décors à tomber par terre.
Les
deux hommes s'affronteront à quatre reprises, et le major
König, malgré ce que l'on pourrait croire pour un " méchant
", ne se montre pas le moins malin des deux. Le personnage
de König est d'ailleurs très attachant, et Ed Harris,
bien sûr, toujours parfait dans le rôle du bel aryen aux
cigarettes de luxe… Il en éclipse d'ailleurs Zaïtzev,
incarné par Jude Law, fort sympathique mais à qui il manque
clairement la hargne tranquille de son adversaire. Les
meilleurs moments du film sont ainsi ceux où les deux
hommes, conscients de la valeur de chacun, se cherchent
et tentent de se piéger, avant un dénouement final un
peu abracadabrant mais qui ne manque pas d'élégance. On
en redemande !
Côté
historique, Annaud maîtrise son sujet, avec une reconstitution
exceptionnelle : les traversée de la Volga sous le feu
ennemi, les jeunes recrues soviétiques menées à l'abattoir
par les commissaires politiques, les attaques aériennes,
la tension au sein des abris, le tout dans des décors
qui forcent l'admiration, qu'il s'agissent des vues aériennes
impressionnantes de la ville en ruine ou des usines et
immeubles déchiquetés. Les erreurs historiques ne sont
pas absentes, loin de là, mais l'ambiance générale les
compense. Citons la trop grande part accordée aux commissaires
politiques dans la conduite de la bataille, les blindés
allemands ridicules ou la présence de T-34/85 (apparus
seulement l'année suivante). Heureusement peu nombreuses,
les scènes de batailles sont très décevantes : on se fusille
en ligne et on setiraille dessus mollement.
Trois
fautes sont toutefois regrettables. Tout d'abord, les
Allemands sont tous vieux et gras (à part König), c'est
courant puisque ce sont les méchants du film, mais à ce
point, ça en devient risible ! Ensuite, le film est entièrement
tourné en anglais, ce qui est quand même très agaçant
et pas très respectueux des Russes. Enfin, dans la même
veine, si Jude Law campe un fringant slave, comme 90%
des soldats russes représentés dans le film, rappelons
tout de même que le véritable Zaïtzev était un Sibérien
d'origine asiatique, comme une large proportion des combattants
de l'armée rouge. Même s'il est passionné d'histoire,
Annaud a quand même préféré ne pas prendre de risque en
choisissant un beau surhomme américain pour tenir le rôle
principal…
Pour
en revenir au superbe affrontement entre König et Zaïtzev,
il est malheureusement pollué par de multiples couches
historiques et dramatiques tout à fait superflues. Passe
encore pour l'histoire d'amour, plutôt discrète et qui
apporte un moteur dramatique non dénué d'intérêt, mais
Annaud a trop cherché à tout expliquer : l'origine et
les aspirations des personnages et tout le contexte de
la bataille de Stalingrad. De fait, si Stalingrad s'apparente
aux Duellistes de Ridley Scott, ce dernier ne se sert
du cadre historique que pour asseoir un face à face entre
deux personnalités, alors qu'Annaud n'a pas su se contenter
de l'essentiel. De fait, Stalingrad dure presque une heure
de trop : en condensant l'histoire du duel entre le jeune
Soviétique et son adversaire, Annaud aurait réalisé un
film d'anthologie, un huis clos époustouflant. Il faut
donc se contenter d'un bon film de guerre et non d'un
film culte, c'est déjà pas si mal !
Article
de l'encyclopédie Britannica sur la bataille de Stalingrad
http://www.britannica.com/bcom/original/article/0,5744,16648,00.html
Le site
officiel du film en anglais
http://www.enemyatthegatesmovie.com/
Le site
officiel du film en français
http://www.stalingrad-lefilm.com/
