page
1 - page 2 - page
3 - page 4 - page
5 - page 6 - page
7 - page 8 - page
9
La guerre
contre la Prusse
(1870-1871)
La situation diplomatique
Inquiet
de la puissance croissante de la Prusse, Napoléon III décide
de réagir lorsque celle-ci tente de placer un prince Hohenzollern
sur le trône d'Espagne. En cas de conflit, la France serait
en effet obligée de combattre sur deux fronts.
Le
chancelier prussien Bismarck souhaite la guerre avec la
France pour arriver à l'unification de l'Allemagne malgré
les réticences que suscite la volonté d'hégémonie prussienne.
Grâce à des manœuvres habiles, il pousse la France à déclarer
la guerre (15 juillet 1870).
Du
côté français, l'opinion publique et la classe politique
dans son ensemble estiment qu'il en va de l'honneur de la
France. Les plus réalistes pensent la guerre inévitable
et préfèrent la mener avant que la Prusse ne soit devenue
trop puissante. Enfin, dans l'entourage de l'empereur, on
pense que seule une victoire militaire peut pérenniser un
régime défaillant.
La
France va cependant apparaître comme l'agresseur. Cette
position lui enlève les derniers espoirs de trouver du soutien
auprès d'alliés potentiels, déjà mécontentés par les précédentes
expéditions menées par l'Empire. Plus grave encore, la confédération
des Etats allemands du sud (Bavière, Bade, Wurtenberg) rejoint
la Prusse et celle des Etats allemands du nord (16-17 juillet).
Bismarck a donc réussit à rassembler tous les Etats allemands
contre la France.

Aigle du
4e chasseurs d'Afrique en aluminium doré 1860
Les forces en présence
Cette
situation n'inquiète pourtant pas la France. Son armée est
considérée comme la meilleure au monde après ses succès
en Crimée, en Italie,
au Mexique et lors de la
conquête de l'Algérie.
Mais
si la conscription existe en France depuis l'an VII, son
application reste épisodique. La loi de 1832 soumet pourtant
tous les citoyens au recrutement. Le chiffre du contingent
annuel est fixé chaque année par décret en fonction des
disponibilités budgétaires. Les appelés servent pour 7 ans.
Chaque appelé a la possibilité de se faire remplacer tout
en restant responsable de son remplaçant. Ceux qui ne sont
pas incorporés rejoignent la réserve et restent susceptibles
d'être rappelés dans l'active ou d'être convoqués pour des
périodes d'exercice. Faute de crédits, l'instruction de
ces réserves demeurent toutefois largement insuffisante.
La
loi de 1855 substitue simplement l'exonération au remplacement.
Pour éviter le service, il s'agit dorénavant de verser une
certaine somme dans la caisse de " dotation de l'armée ".
L'argent recueilli sert au versement de primes pour les
rengagés. Mais cette formule entraîne un déficit constant
que l'Etat s'efforce vainement de compenser. En outre, il
se traduit par un vieillissement de la troupe.
Conscient
de la gravité de la situation après la victoire de la Prusse
sur l'Autriche, le maréchal Niel, ministre de la guerre,
tente de réformer le système. La loi du 1er février 1868
ramène à cinq ans le service actif et à quatre ans celui
dans la réserve. Mais son originalité réside dans la création
d'une garde nationale mobile, alimentée par tous ceux qui
ne sont pas incorporés dans le contingent. En temps de guerre,
le simple vote d'une loi doit permettre de verser les gardes
mobiles dans l'armée d'active. Faute de crédits et de volonté,
cette réforme, déjà insuffisante, ne débouche sur rien de
concret.
Par
ailleurs, les maréchaux français n'ont pas l'habitude de
mener au combat des effectifs importants. La création d'un
grand état-major a bien été envisagée mais elle n'a pas
débouché pour des raisons à la fois politiques et militaires.
Napoléon III ne souhaite en effet pas placer des officiers
en position de contester son pouvoir. Par ailleurs, l'improvisation
reste une pratique fondamentale dans l'armée française.
Le " système D " s'est notamment développé lors des conquêtes
coloniales où les officiers doivent faire preuve d'initiative
et de débrouillardise.
L'équipement
et l'armement sont également incomplets, la logistique insuffisante.
Le budget militaire reste en effet insuffisant malgré les
souhaits d'augmentation de Napoléon III. En la matière,
l'empereur reste de plus en plus tributaire de l'opinion
publique et du corps législatif qui lui reprocheront par
la suite ce manque de préparation.
L'armée
prussienne est par contre un instrument bien huilé. Les
défaites contre Napoléon (Iéna
et Auerstaedt 1806)
ont provoqué une véritable remise en question. En effet
le choc est rude pour une armée qui reste sur ses victoires
lors de la guerre de Sept Ans.
La
modernisation entamée alors va se poursuivre tout au long
du XIXe siècle. Elle s'efforce de remédier à deux handicaps
potentiels : La faillite du haut-commandement prussien en
l'absence d'un chef de qualité comme Frédéric le Grand et
l'infériorité numérique de la troupe. Sous l'impulsion de
Scharnhorst, l'armée prussienne réorganisée participe activement
à la victoire de la coalition européenne contre Napoléon.
La formation des officiers supérieurs et des officiers d'état-major
est entièrement refondue notamment par Karl von Clausewitz.
Celui-ci dirige après la guerre l'école de guerre de Berlin.
Son influence se renforce même après sa mort avec la publication
de son ouvrage majeur : De la Guerre. Ses écrits et ceux
d'Antoine Henri Jomini constituent le fondement de la stratégie
de la Prusse et la référence pour la formation l'armée.
La
principale innovation prussienne réside dans la mise en
place d'état-major complet à tous les niveaux de commandement.
Cette structure est permanente et permet le passage de la
paix à la guerre sans dysfonctionnements excessifs grâce
à une planification permanente et cohérente.
Cette
organisation efficace pour la conduite d'opérations de grande
envergure apparaît susceptible de faciliter la prise de
décision des chefs les moins brillants. Dans ce domaine,
le niveau général des officiers s'accroît avec l'étude des
principes de la guerre. La mise en pratique lors de manœuvres
ou de séances de kriegsspiel complète cette formation théorique.
L'autre
enseignement des guerres napoléoniennes réside dans la nécessité
de mobiliser des ressources humaines énormes. La geopolitik
prussienne va donc consister à donner aux Etats de l'Allemagne
en devenir un sentiment national, propre à faciliter une
mobilisation complète. A la veille de la guerre contre la
France, la Prusse dispose d'une armée plus nombreuse et
de réserves importantes. Le service militaire est universel.
Il dure trois ans. Par la suite, les Prussiens sont affectés
pendant quatre années à la réserve puis sont reversés dans
la Landwehr, issue de l'ancienne milice. En temps de guerre
la réserve permet de compléter les unités d'active et la
Landwehr devient la réserve destinés aux tâches annexes.
Toutes
les unités disposent d'un équipement performant et sont
bien formées.
musée
de l'Empéri de Salon-de-Provence (collections du Musée de
l'Armée)
photos : Empéri Multimédi@
page 1 - page 2 - page
3 - page 4 - page
5 - page 6 - page
7 - page 8 - page
9